François PUYPLAT, photographe

François Puyplat ne destinait pas son regard à la photographie.
Diplômé des Arts Déco en 1963, il exerce son œil dans la décoration et l’architecture d’intérieur.
C’est en Algérie qu’il achète son premier appareil de prise de vues, un Rolleiflex, Parce que c’était la mode,.
Au retour, c’est plutôt sur des objets inanimés qu’il braque son objectif : bâtiments, objets, natures mortes. Ces images intéresse des designers. Il est sollicité par le créateur de mobilier Airborne, par le directeur artistique Jean Lagarrigue, par Jean-Paul Goude..
L’après-68 est un bouleversement pour la culture. L’art fait aussi sa révolution. La photographie fait son entrée aux Arts Déco et c’est François Puyplat qui est sollicité pour l’enseigner à partir de 1970.
Il s’interroge sur ce qu’il doit enseigner. Car la pratique est pour François Puyplat indissociable d’une réflexion . Il est à la fois un praticien et un théoricien, pour ne pas dire un philosophe, de cet « art photographique » basé sur une technique, sur une science, mais qui doit s’en affranchir par l’émotion, les sensations
Car pour lui, des cinq sens, le plus important est la vue, l’ambassadeur de tous les autres. Toute construction personnelle et sociale vient par les yeux, toute culture vient par des images, réelles ou mentales. Le champ visuel est un trésor, un viseur naturel, dont il ne cesse d’analyser la différence avec sa captation par l’appareil photographique, et préconise le retour à « l’art rétinien ».
Quarante-cinq années de pratique de l’argentique, de l’instant décisif, des différences entre la vision du photographe et celle de l’appareil, entre le monde extérieur et le monde intérieur de celui qui regarde. Ce regard qui capte l’ imprévu, parfois invisible à son auteur lui-même au moment du déclencheur décisif. . Instants de vie où le réel devient image, la première qui ne soit pas faite de la main de l’homme mais issue d’une machine, qui « piège » les photons du modèle dans une boite étanche à toute autre intervention, un capteur d’énergie que le photographe ne peut que diriger et programmer.
Cependant ce travail exige de la part du photographe une implication physique et émotionnelle, tenant de la chasse, de la guerre, de l’amour, du jeu, du pouvoir. Mais avec les mêmes exigences esthétiques que l’artiste traditionnel dans son atelier.
Depuis une vingtaine d’années, François Puyplat a adopté le numérique. Il est au cœur de ses promenades quotidiennes, avec cet apaisement dû à la possibilité de prendre son temps, de regarder pour le plaisir, enjeu différent, couleurs, immersion toujours…
Cécile Petit-Vallaud